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Hommage

Etienne Zongo, un "homme vrai"

19 août 2019

Etienne Akawanë ZONGO, directeur diocésain de l'Ecole catholique calédonienne de 1989 à 2003, s'est éteint ce lundi 19 août au Médipôle. Il avait 80 ans. Son chemin de vie, personnel et professionnel, est indissociable des tragédies et des espérances, des défis humains et éducatifs relevés par la Nouvelle-Calédonie contemporaine.

« C'est devant la difficulté qu'il faut tenir bon malgré tout, face à la souffrance qu'il faut continuer sans faiblir. Et pour cela il ne faut pas mentir, il faut être vrai, qu'un non soit un non, un oui soit un oui. Je crois que l'on a de leçon à donner à personne, mais qu'il importe de faire les choses chaque jour avec une grande honnêteté. »

Étienne ZONGO, l'éducateur attentif à toutes les dimensions de la personne humaine, l'homme de paix respecté de tous qui, en 2003, tenait ses propos et travaillait humblement à devenir cet "homme vrai", ce Do Kamo, n'est plus. Mais il aura tant semé, y compris en continuant jusque récemment d'aller dans les écoles pour échanger avec les enfants à propos de leur histoire, que sa mémoire n'est pas prête de s'effacer.

Enfant d'une famille engagée dans l'église et l'école indigène, Etienne ZONGO avait commencé sa carrière en 1956, à Bourail, à la tribu d'Azareu, avant de devenir, de 1989 à 2003, le premier laïc et à ce jour le seul directeur diocésain kanak de l'école catholique calédonienne.
Moniteur comme son père Paul Humuni ZONGO - l'un des fondateurs de l'UICALO* -, puis instituteur après avoir décroché son "Certificat d'aptitude pédagogique à l'enseignement autochtone", le jeune Etienne ZONGO est très tôt remarqué pour son sens des responsabilités, sa force de travail, d'innovation pédagogique et ses qualités d'écoute. Il n'en souriait pas moins volontiers en se remémorant le jugement de Mgr Bresson, qui le pensait trop « remuant » pour devenir prêtre. Et il évoquait avec humilité la visite épiscopale de Mgr Martin à Azareu en 1957, qui le trouvant plongé dans ses livres d'algèbre et de géométrie lui proposa de poursuivre des études en Métropole, ce qui était alors loin d'être fréquent. Il allait y rester, à l'Institut Ozanam de Nantes, quatre longues années, rudes sans doute à plus d'un titre, mais que sa passion d'apprendre et sa foi allaient rendre fructueuses.

De retour en son pays, avec le soutien discret et indéfectible de son épouse Agathe et à ses côtés des soeurs et frères faisant eux aussi oeuvre d'éducation, il enseignera dans le primaire, le secondaire, dirigera l'école catholique de Nathalo à Lifou, où il sera l'un des initiateurs de la création d'un second degré, avant de se voir confier, de 1989 à 2003, la charge de la DDEC. Il dotera celle-ci en l'an 2000 d'un projet éducatif et ouvrira la voie à d'importantes évolutions, dans le respect des anciens mais avec une grande conscience des défis contemporains, et des mutations à conduire pour les relever.

Durement éprouvé par la mort de son fils durant les Evénements, il ne cessera jamais de choisir la voie fraternelle : « J'ai l'impression d'avoir vite su où étaient les impasses. (...) J'ai très vite refusé de m'inscrire dans l'idée d'exclusion », précisait-il, ajoutant que ce deuil avait renforcé en lui « l'idée que si on voulait bâtir, c'était ensemble » (extrait d'un entretien en 2003 dans le journal @la DDEC).

Etienne ZONGO était chevalier dans l'Ordre national du Mérite. Avec Jean Lèques, maire honoraire de Nouméa, ils sont par ailleurs les seuls Calédoniens à avoir été honorés d'une distinction pontificale rare, la croix de Chevalier dans l'Ordre de Saint Grégoire le Grand. Il était le papa de 7 enfants et le grand-père de 12 petits-enfants et 3 arrière-petits-enfants.

Ses obsèques seront célébrées ce vendredi 23 août en l'église de Dueulu, à Lifou.
La Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris partage la peine de ses enfants, petits-enfants, frères et soeurs et de tous les siens, clans et alliés, ainsi que de ceux si nombreux en Nouvelle-Calédonie qu'il a accompagnés sur leur chemin de vie. Elle les assure de sa compassion.


Revue de presse
Le témoignage du père Roch Apikaoua sur NC1ère

Documents
"La lignée Zongo"
, dans le catalogue de l'exposition 150 ans de mémoire collective calédonienne, pages 62 ; 70 à 73, Musée de la Ville, Nouméa, 2003.

* UICALO et AICLF

 

Crédit photos :
© Éric Dell'Erba / DDEC-NC : Etienne ZONGO en 2005, lors de la mobilisation dite du "Livre blanc pour une école calédonienne équitable et plurielle".
© DR : Etienne Zongo et Jean Lèques lors de la remise à Etienne Zongo de la croix de Chevalier dans l'ordre de Saint Grégoire le Grand.