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Étudiants

Au coeur du COVID-19

18 juin 2020


A 20h en Métropole, au fil d'un déconfinement même très progressif, plus personne ou presque n'applaudit le personnel soignant. Et pourtant, tous sont là encore chaque jour, prenant soin de chacun. Parmi eux, de jeunes Calédoniens que nous vous invitons à applaudir car ils ont vécu ces derniers mois AU CŒUR DU COVID.

Etudiants calédoniens issus des PACES (classes de Première année commune aux études de santé), ils sont environ 125 dans l'Hexagone. En formation pour devenir médecin, sage-femme, infirmier.e, pharmacien.ne, kinésithérapeute, dentiste, etc., ils se sont au plus fort de l'épidémie portés volontaires en répondant à l'annonce publiée sur la plateforme COVIDOM, initiative de l'Assistance publique  des Hôpitaux de Paris. Engagés avec conviction et courage, ils ont pris des risques importants pour venir en aide aux malades, en accord avec leur engagement professionnel. Ils se souviendront longtemps de cette expérience inédite qui les a plongés dans un autre univers.

La Maison de la Nouvelle-Calédonie, qui via son Service Etudiant formation jeunesse (SEF) les accompagne toute l'année, a souhaité les remercier d'avoir été au rendez-vous de leur mission de santé publique. Elle leur a attribué une gratification, certes modeste au regard du travail accompli, mais qui marque la reconnaissance et la fierté qu'aujourd'hui ils inspirent, comme tous leurs homologues de l'Hexagone et des outre-mer. 

Le SEF a aussi souhaité faire entendre leurs témoignages et leurs interrogations. Il  a sollicité leur parole et recueilli 25 pages de témoignages qui, en temps et en heure, donneront lieu à publication intégrale sous forme d'un recueil "Etudiants de Nouvelle-Calédonie face au COVID".

Ils s'appellent, Lisa, Antoine, Audrey, Maxime, Marie, Laura, Floriane, Maïlys, Manon, Erwan, Pierre, Romain, Nicolas, Marine, Delphine, Sophie, Louis, Alice, Alix, Christophe, Laura, Marc-Antoine, Flavie, Julie, Maxime, Eva, Joana, Zoé, Liza...et les autres. Voici un premier aperçu de leurs ressentis.

Changement de fonction et adaptation rapide face à l'afflux de malades

Interne depuis 1 an, Antoine fait partie du service ophtalmologie d'un hôpital parisien. À partir du 16 mars son service a dû s'adapter en réduisant son activité pour laisser place au service traitant les patients COVID. C'est tout naturellement qu'il se porte alors volontaire en intégrant le service médecine transformé en unité SSR COVID.

« Les jours de week-end sont banalisés et mon rythme de travail se résume à peu près à 3 jours de travail pour 1 jour de congé en alternant avec deux autres internes. C'est une chance pour moi d'aider et l'adaptation s'est faite assez rapidement, mais j'ai quand même bien hâte de pouvoir poursuivre mes études d'ophtalmologie. »

En fin de cursus, Marie fait des études de kinésithérapie. Elle est réquisitionnée dans un hôpital du département Val-de Marne pour faciliter la fin de vie des patients atteints du COVID et pour améliorer la qualité de vie des autres.

« Le travail est lourd psychologiquement et physiquement, je suis en binôme avec une autre étudiante afin de mieux supporter la charge de travail. Je suis en fin cursus et en pleine finalisation de mon mémoire de fin d'études qui me prend mes soirées post-hôpital, jusqu'à parfois 4-5h du matin, ce qui m'impose un rythme de travail très épuisant. »

Etudiante en 6e année, Floriane fait partie du service odontologie dans un hôpital de d'Aval, et alterne en même temps avec son stage en hôpital de Paris.  À partir du 19 mars, son service ferme sans réouverture prévue. En attendant de retrouver son métier, elle participe à l'effort commun.

« Très vite je me suis rendu compte de ce qui se passait, les blocs annulés pourtant prévus depuis des mois, et les patients décommandés de plus en plus chaque jour. J'ai souhaité tout de suite participer comme je pouvais, je me suis portée volontaire pour aider sur la plateforme COVIDOM. On appelle les patients malades à domicile du coronavirus quotidiennement. Je me suis également portée volontaire pour retourner dans mon service de médecine bucco-dentaire et aider à réguler les urgences. Nous ne pouvions soigner que les urgences très douloureuses car nous n'avons malheureusement pas assez de matériel. »

En 5e année de pharmacie, Marie effectue son externat dans un hôpital de la région Île-de-France. Les services de réanimations et pneumologie pour lesquels elle distribue du matériel médical et des médicaments se sont transformés en unité de prise en charge des patients COVID+. 

« C'est notre rôle d'assurer la distribution du matériel médical et des médicaments. L'unité de prise en charge des patients COVID+ est évidemment prioritaire, mais il faut toutefois garantir des médicaments et du matériel pour tous les autres services de l'hôpital. Lorsque je ne travaille pas à la Pharmacie à Usage Interne, je travaille dans le service de chimiothérapie. Que ce soit pour protéger nos patients qui sont, par leur traitement, très fragiles ou pour se protéger des produits que nous manipulons toute la journée. »

Nicolas fait des études d'odontologie et son service a été fermé pendant cette crise sanitaire. Il s'implique le plus possible dans cette lutte en acceptant des missions sur volontariat.

« J'ai tout de suite voulu donner de mon temps pour aider au maximum les instances hospitalières dans le besoin. J'ai changé de blouse afin d'aller aider dans un service de gériatrie, particulièrement touché par l'épidémie, les aides-soignantes submergées par l'afflux de patient. Je pense que cette crise sanitaire du COVID a renforcé, une fois de plus, ma volonté de devenir chirurgien-dentiste, pour soigner et venir en aide aux personnes dans le besoin. »

Une routine qui se chamboule

Audrey, étudiante en 6e année de médecine, est externe dans un hôpital de Paris. Elle entame une année qu'elle redoute car celle-ci s'achève par le fameux concours de l'internat, qui lui donnera la spécialité de ces rêves. Elle alterne ses matinées avec son stage et ses après-midis à la bibliothèque du lundi au samedi. Seulement voilà, un imprévu de taille auquel elle doit faire face est annoncée mi-mars ...

« Mi-mars ça y est, il est là ! Le Président de la République annonce le début du confinement, et pour nous une routine qui se chamboule. Les informations s'enchaînent, chaque 24h est un ascenseur émotionnel :

- Fermeture des bibliothèques et des facs.
- Le concours blanc national se fera à domicile en ligne et non en conditions réelles.

- Un mois de confinement, puis deux.

- Report du vrai concours national à juillet.

- Le virus est chez nous en Nouvelle-Calédonie.

- Fermeture de l'aéroport Tontouta. Ce qui veut dire pour nous l'incertitude de revoir nos proches pour l'instant, etc.
Chacun prend les nouvelles qui nous assomment à sa manière, comme nous pouvons. »

Lisa, en 5e année d'études de sage-femme, fait son stage dans une maternité de Paris où elle accompagne les patientes durant la grossesse et l'accouchement. A cause de cette pandémie, les conditions dans lesquelles ces patientes sont prises en charges sont différentes. Lisa s'adapte donc à ces changements et s'inquiète également de l'impact psychologique subi par ses patientes.

« J'accompagne les patientes durant la grossesse, l'accouchement et les premiers jours de vie de l'enfant, qui se font actuellement sans conjoint ni visite dans les maternités parisiennes. De plus toutes les patientes qui arrivent en salle de naissance ont un prélèvement nasal COVID-19 afin de savoir si elles sont porteuses ou pas du virus. L'accompagnement psychologique est très important dans ces moments de la vie, d'autant plus lorsqu'ils sont vécus seule. Nous ne savons pas actuellement quel sera l'impact sur la mise en place du lien entre la mère, l'enfant et le conjoint ainsi que sur la dépression du post-partum qui se manifeste dans les semaines qui suivent le retour à domicile. Les violences intraconjugales sont exacerbées avec le confinement. Nous recevons des femmes aux urgences, enceintes, avec des bleus, des marques et qui sont hospitalisées au secret pour s'assurer de l'état de santé du fœtus. »

En 4e année de Médecine à Paris, Nicolas évolue et s'adapte à grande vitesse en militant contre cette pandémie.
« Ce que nous prenions alors pour une simple grippette de l'autre bout du monde s'est révélé être le plus gros défi de l'hôpital public. Chaque jour je pouvais constater le manque de matériel, le manque de personnel, mais jamais le manque d'envie. Nous voulions tous apporter notre pierre à l'édifice en cette période de crise. Devant l'afflux des malades, j'ai dû apprendre à évoluer en autonomie, à examiner et prendre en charge des patients parfois graves. Ce fût beaucoup de pressions pour un jeune étudiant avec peu d'expérience, mais plus les jours passaient et plus je prenais confiance.La première étape de cette crise sanitaire touche à sa fin, je me prépare à un futur incertain dans un hôpital public proche de l'implosion après des années de réductions budgétaires. »

La crainte face à cette pandémie mondiale

En 4e année de sage-femme, Sophie fait son stage à Paris dans l'hôpital de Créteil. Très vite organisé, cet hôpital devient le 2eme centre de référence COVID.

« Depuis le début de l'épidémie je n'ai pas spécialement eu peur pour moi face au virus. C'était surtout l'ambiance générale, le confinement dans un appartement de 18m2, seule, qui a été plus compliqué à gérer surtout au niveau psychologique. La peur de l'arrivée du virus en Nouvelle-Calédonie, la peur pour ses proches sans être là-bas avec eux était aussi très dure. »

Etudiante de 6e année en médecine, cette étudiante travaille en réanimation COVID à Paris. Elle se livre sur son expérience.

« Je ne vais pas vous mentir,  j'avais peur. Passer les semaines précédentes seule, à travailler son ECN de jour et de nuit tout en écoutant les informations à la télévision n'ont pas aidé à me rassurer. Je prenais également des nouvelles du service où j'allais atterrir à travers quelques collègues, d'autres externes, et les choses n'allaient pas en s'améliorant, le 5 avril correspondant au pic de contamination et d'entrée en réanimation.
Je n'y allais pas à reculons, mais j'avais la boule au ventre.
Nous avons reçu un courriel du chef de service, nous précisant qu'aucun jugement ne serait porté à notre égard si nous décidions de rester chez nous.
Mais quel que soit le maillon de la chaine, nous sommes tous importants.
On ne choisit pas ses études pour répondre à des QCM et avoir un bon classement à l'ECN. On ne choisit pas de partir à 22000 km de notre île pour fermer les yeux sur ce qu'il l se passe autour de nous. C'est le métier que l'on a décidé d'exercer, et ce n'est pas pour fuir au premier danger. Cette année c'est à notre tour, certes un peu tôt pour certains, comme pour moi, dans notre cursus. D'aller lutter contre l'inconnu, ça fait peur.
Mais quand on en sortira, externes et internes en médecine, sages-femmes, dentaires, pharmaciens, kinésithérapeutes et confinés, on sera soulagés et fiers d'avoir vécu cette pandémie "ensemble". »

Ainsi leurs expériences sont diverses. Certains n'ont pas tenu, car face à la souffrance et à l'issue fatale de la maladie, le sommeil s'est fait rare, le soutien n'existait pas et face à la machine hospitalière, ils ont craqué. Cette réaction humaine et respectable laisse à penser que nous aurons une génération de professionnels de santé COVID 19, sensibles,  humains, formés et prêts à toute éventualité.

C'est avec un grand respect que nous saluons l'ensemble de ces jeunes.
Merci pour leurs témoignages sincères qui racontent la face cachée du COVID.